N°21 - Juillet / Septembre 2016

Africa 24 Magazine

Le futur des allumés, le quotidien des révoltés

L’électrification de l’Afrique est un paradoxe qui illustre la complexité des enjeux du continent. Toutefois, avant de s’aventurer dans les vertiges des chiffres, acceptons une évidence : l’électricité est la garante du développement. C’est un facteur réel de croissance économique. Or l’Afrique, qui est le continent le moins polluant (2,3% des émissions de CO2), est aussi celui où plus de 620 millions de personne n’ont pas accès à l’électricité. Un drame qui fait le bonheur des autres. Hors du continent.

En effet, dépourvue de la maîtrise technique, l’Afrique est dépendante de la technologie du reste du monde. Europe, Asie, Amérique, chacun déboule et présente sa facture astronomique pour résorber une fracture qui frise le gouffre. Groupes électrogènes, turbines, réseaux de distribution, centrales à gaz... L’Afrique utilise avec une frénésie effrayante toutes les technologies.

Sa consommation moyenne est de 162 kWh par habitant et par an, tandis que la moyenne mondiale est de 7 000 kWh.
Mais ce sont les populations africaines les plus pauvres qui ont l’électricité la plus coûteuse. Pour preuve, cet exemple cité par l’ONG Africa Progress Panel : une villageoise du Nord du Nigeria paie le kilowattheure 60 à 80 fois plus cher qu’un habitant de New York ou de Londres. L’Afrique n’en a pas terminé avec les dépenses énergétiques monumentales. Et ce pour le plus grand bonheur des fonds d’investissements et des industriels du secteur.

Un scénario aux allures de « déjà vu » avec nos matières premières. Le Niger, pays référencé comme l’un des plus pauvres au monde, est aussi l’un des plus grands fournisseurs de l’uranium qui alimente les centrales nucléaires des pays développés. Riche en cours d’eau, l’Afrique dispose d’une capacité hydroélectrique (d’Inga à Kaléta) qui permet de fournir plus de 2 térawatts par heure chaque année. De quoi alimenter l’ensemble du continent.

Faut-il encore vous affirmer que le solaire et l’éolien peuvent nous permettre une autosuffisance énergétique ? Fermez le ban. Pointez du doigt les éternels coupables. Nos gouvernants, adeptes de la solution miraculeuse. Nos partenaires au développement, cyniques dans leur volonté de conserver un savoir-faire rémunérateur. Nospopulations, résignées devant le déséquilibre de l’électrification entre la densité urbaine et le saupoudrage rural.

Viendra un jour où notre révolte sera collective et notre détermination irrésistible. Viendra un jour où, en lisant ces pages inédites, vous vous retrouverez tous en pleine lumière. Bienvenue dans un monde d’allumés.

Constant Nemale


Illuminated future, day-to-day frustration

Electrification in Africa is a paradox that illustrates the complexity of issues the continent faces. However, before venturing into the dizzying figures, let’s agree on one self-evident fact: electricity is a guarantee of development and a real factor in economic growth.

Yet Africa, as the least polluting continent (2.3% CO2 emissions), is also where more than 620 million people have no access to electricity. A woeful situation that brings delight to others outside the continent.

Deprived of technical expertise, Africa is entirely dependent on the rest of the world’s technology. Europe, Asia, America, each one is barging in on the continent and submitting astronomical bills in order to close the gaps.

Generators, turbines, distribution networks, gas plants... Africa consumes with a terrifying frenzy all technology platforms. Average fuel consumption in Africa is 162 kWh per capita per year, while the world average is 7,000 kWh.

But the poorest African populations have the most expensive electricity. As proof, the example cited by the NGO Africa Progress Panel: a villager in northern Nigeria pays per kilowatt hour from 60 to 80 times more than a resident of New York or London.

Africa is not finished with its monumental energy expenditure, much to the delight of investment funds and manufacturers in the sector.
It looks like a “déjà vu” scenario with our raw materials. Niger, a country listed as one of the poorest in the world, is also one of the largest suppliers of uranium that fuels nuclear power plants in developed countries. Rich in rivers, Africa has a hydroelectric capacity (from Inga to Kaléta) that can provide more than 2 terawatts per hour each year. Enough to power the entire continent.

Must we still insist that solar and wind power can allow us energy self- sufficiency? End of story. Single out the constant culprits.
Our rulers, disciples of a miraculous solution. Our partners in development, cynical in their desire to furiously maintain a profitable technology know-how. Our populations, resigned to the imbalance of electrification between dense urban and sparse rural areas.

A day will come when our revolt will be collective and our determination irresistible. A day will come when reading these hitherto unseen pages, you will find yourselves enlightened. Welcome to a world that is switched on.

Constant Nemale